borromeen

coupure dans la surface d'empan d'un noeud borroméen, écriture de la cure analytique
(http://une-psychanalyse.com/structure_du_borromeen.pdf)
(http://une-psychanalyse.com/Diptyque_de_Melun_et_l_acoupure_dans_le_noeud_borromeen.pdf)

Portraits de la psychanalyse

Richard Abibon
espaco_psicanalitico

64 rue Emeriau Tour Panorama sud 23éme étage porte 04

75015 Paris

0145751522/ 0684759406

abibonrichard@wanadoo.fr
Livres publiés               


https://www.youtube.com/watch?v=8fttoyqKpBQ


couverture_abords_du_Reel

Qu’est-ce qui différencie la pratique psychanalytique de la pratique scientifique, qui triomphe aujourd’hui comme elle triomphait à l’époque de Freud ?
 C'est une évidence trop souvent oubliée : la science exclut le Sujet ; la psychanalyse, elle, le fait naître.
La pratique de la psychanalyse, sa transmission, ce n’est pas théoriser à l’infini, ce n’est pas gloser sur de pseudo "cas" cliniques objectivés, ce n’est pas parler à la place d’un autre : c’est parler en son nom propre, à quelqu'un d’autre qui entend. Quand il n’y a pas d’autre, comme ici où il s’agit d’un livre, il y a le public, cet Autre fait de tous les petits autres qui liront ces lignes.
Dans ce septième ouvrage, Richard Abibon suit la ligne de son retour à la démarche de Freud qui, féru de sciences et volontiers scientiste, inventa pourtant la Psychanalyse en empruntant la voie royale de l’interprétation de ses rêves. Dans le droit fil de cette approche princeps, l'auteur transcrit ici ses propres rêves et en fait l'analyse publiquement, seule transmission possible d'une expérience singulière au plus près de l'inconscient, aux "abords du Réel", ce lieu indescriptible source de bien des confusions avec la réalité. Avec la rigueur, l’humour et la simplicité qui caractérisent désormais ses écrits, il nous entraîne irrésistiblement dans ce périple singulier qui touche en chacun de nous l'universel de la structure de l'inconscient, et nous amène au cœur d'une pratique unique dont nous redécouvrons toute la spécificité et l'infinie portée.

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=result

ou chez l'auteur  abibonrichard@wanadoo.fr

octobre 2015  L'Harmattan

Richard Abibon

Psychanalyse et psychothérapie




 Pour Freud, la différence se situe dans l’emploi de la suggestion. On le sait, c’est d’avoir abandonné la suggestion par l’hypnose que Freud en est venu à inventer la psychanalyse. C’est là que se situe la frontière entre psychanalyse et psychothérapie, et non dans une quelconque pratique technique : ce n’est pas le nombre des séances, leur durée, la position allongée ou assise qui vont faire la psychanalyse. C’est le renoncement à la suggestion. Mais… pas toute la suggestion. On arrête de suggérer au malade qu’il va être guéri, mais on se sert quand même de la suggestion pour pousser l’analysant à l’analyse… du transfert. C’est la seule influence qu’on se permet en psychanalyse. Et il me semble en effet que la plupart des « nouvelles thérapies »  ne fonctionnent en fait que d’un retour à l’hypnose et à la suggestion de guérison. Ça marche, c’est indéniable mais ça laisse intouchées les couches profondes du problème.
Rappelons la plaisante métaphore de Freud : dans une course de lévriers, on promet au vainqueur un chapelet de saucisses. Mais si un plaisantin, en plein milieu de la course, jette une saucisse dans la mêlée, on verra tous les lévriers se jeter dessus, au détriment de la récompense finale, pourtant bien plus importante.
Certaines psychothérapies que je connais bien (EMDR, EFT) recherchent sous hypnose (une hypnose qui ne dit pas son nom) la cause traumatique du problème. Dès qu’on trouve quelque chose d’évident (un deuil dans l’enfance, un accident, etc.) on fait revivre au patient la chose en imagination puis on lui suggère qu’il va être guéri par ce parcours. Quelque part ce n’est pas très éloigné de la psychanalyse puisque cette dernière cherche aussi à remémorer le passé. Bien sûr, l’analysant va tomber sur des événements « traumatisants » de son enfance : il est rare qu’il n’y en ait pas. Mais la psychanalyse n’en reste pas là. Si suggestion il y a, c’est pour pousser à aller plus loin. Et plus loin, qu’y a-t-il ? l’Œdipe et la castration. C’est cela qui se cachait sous le « trauma » et qui n’aura pas été atteint en psychothérapie.
J’ai entendu Michel Onfray, hier encore, redire sur France culture à quel point il rangeait la psychanalyse dans la catégorie des idéologies, car selon lui, pour le psychanalyste,  tout le monde a désiré coucher avec sa mère, et ceux qui ne l’admettent pas devraient faire une analyse, parce que ça ne va vraiment pas bien. Dit comme ça, en effet, c’est une idéologie. Et je ne doute pas que certains analystes puissent fonctionner comme ça. Ou, version lacanienne, que ne cite pas Michel Onfray : arriver à laisser tomber le phallus et l’objet a comme critère absolu de la fin de l’analyse, conçue, pour le coup, comme « cure ».  Dit comme ça aussi, c’est on ne peut plus normatif, et du côté de la psychothérapie. J’ai connu un analysant dont la première analyste ne cessait de lui suggérer cela à toute force, ce qui a évidemment entrainé un échec total, et de l’injonction, et de l’analyse.
Je ne doute pas non plus que, dans la pratique, il y ait des psychanalystes qui se sentent plus libre que ça à l’égard des normes, permettant à chacun de faire de sa psychanalyse un parcours singulier. Certes, je ne peux m’empêcher de penser que oui, Œdipe et castration ça touche tout le monde,  et que j’aimerais bien que ça en passe par là, ayant éprouvé pour moi-même la « bonté » du processus. Le sachant, ça m’amène à être d’autant plus prudent quant à mes interventions, visant à aider dans le cheminement, mais pas à suggérer que ça DOIT en passer par là. D’autant que, il existe une grande différence entre revivre le trauma sous hypnose, comme dans les « nouvelles thérapies » (qui ne sont donc que des anciennes) et revivre l’Œdipe dans le transfert. Dans le premier cas, il ne s’agit que de la reviviscence d’un souvenir traumatique, ramené puis effacé sous l’injonction du thérapeute, dans le second, il s’agit de revivre quelque chose de beaucoup plus fondamental dans les sentiments vrais éprouvés pour l’analyste, qui lui-même n’est pas en reste d’affects.  Dans le premier cas, le trauma reste un objet dont il faut se débarrasser (et les formulations en termes de « laisser tomber l’objet a » n’en sont pas loin). Dans le second, le sujet est sollicité  dans le rapport à un autre sujet, en vue de sa construction comme sujet. 
Face à cette question il y a quelques années, j’aurais opté pour un vibrant plaidoyer pour l’analyse pure et dure, contre la psychothérapie. Quelque part, je continue, tout en pensant aussi que si des gens préfèrent être soulagés rapidement par une de ces nouvelles thérapies, eh bien, ils ont le choix ;  d’ailleurs ce n’est pas garanti, et c’est l’une des raisons pour lesquelles Freud avait laissé tomber l’hypnose : ça ne marche pas à tous les coups.  En inventant la psychanalyse, il pensait faire œuvre d’une thérapie qui marcherait à tous les coups. Il a dû déchanter. La psychanalyse va forcément plus loin, plus profondément, mais ce n’est pas pour ça qu’elle est thérapeutique à tous les coups.
En revanche, je dis à tout impétrant analysant : de toute façon, vous vous connaitrez mieux. Ça, c’est garanti. Et quand on se connaît mieux, en général, ça va mieux… mais pas toujours. Le conflit peut parfois être un ingrédient nécessaire à « être soi-même », ou le symptôme. Mais alors ça a quand même toutes les chances d’être moins douloureux. Ceci dit, on ne peut pas prévoir, le champ doit être laissé aussi large que possible, afin justement de ne pas verser dans l’idéologie, y compris l’idéologie de la santé et du bien-être, à laquelle tout le monde consciemment aspire, mais bien souvent inconsciemment refuse.

06/08/14


Fonds de deconnection

ballade de printemps
Textes récents


A propos de groupe « analyse de la pratique"


Rêve et paranoïa
l'analyse d'un rêve nous plonge dans un passé ancien non traumatique, un passé récent extrêmement traumatique (l'intolérance des psychiatre, fussent dit "psychanalyste" à tout ce qui sort de la norme), enfin à la structure traumatisante de l'humain : Oedipe et castration.


Y a-t-il une conception de l’inconscient chez Lacan ?
Une réflexion sur le début du séminaire XI
« les 4 concepts fondamentaux de la psychanalyse » 



Du remplacement du phallus par l’objet a dans la théorie de Lacan.
Agrémenté de la discussion qui s’en est suivie avec Jean Pierre Journet et de l’analyse d’un article de Pierre Bruno Phallus et fonction phallique chez Lacan [ http://www.cairn.info/revue-psychanalyse-2007-3-page-95.htm]


Vérité de la contradiction
À propos de Quelques minutes après minuit (A monster calls) de Juan Antonio Bayona

et de Préjudice de d’Antoine Cuypers.

La censure, la honte, et moi
une note de bas de page faisant suite à ma vidéo "du vide au manque"  : un réflexion sur l'éthique de la psychanalyse partir de cette vidéo, et d'un rêve personnel.
https://www.youtube.com/watch?v=lYN-75qv45s&feature=share


Du vide au manque
commentaires d'une partie du film de Sophie Robert sur les psychanalystes : Comment le jargon intellectuel et les positions moralistes alimentent le moulin des opposants la psychanalyse, notamment ici sur "la vérité de la femme".
https://www.youtube.com/watch?v=OmWkgR01eoQ&feature=youtu.be

L’inconscient est-il structuré comme un langage ?
À propos de Premier Contact (Arrival), Film de Denis Villeneuve

Alien :
L’inconscient est l’extraterrestre en nous
à propos de la série des Alien au cinéma et spécialement du dernier opus par Ridley Scott, Prometheus.


Genre
une réflexion sur le genre, le sexe, la sexualité, l'orientation sexuelle, à partir d'une conférence de Vincent Bourseul exprimée dans le cadre d'une école doctorale de psychanayse, entendue sur France Culture


Au Tivoli(t)
Jeux de langage et de corps
Freud et Einstein



La diagonale du fou comme substitut du rapport sexuel
Une analyse de Illusion Of Diversity, de Michael Cheval


Un rio à Rio pour OSS117
Un exemple de rêve contribuant à faire bouger la théorie



Méprise dans la haine anti psychanalytique
à propos de l’autisme
à la lecture de la lettre
d'une mère de « dit-autiste »
, j’ai compris que les reproches qu'elle  adressait à la psychanalyse étaient en fait adressés à la psychiatrie car, contre toute attente, je me suis aperçue qu’elle n’avait jamais rencontré de psychanalyste.


Licence ès crime
À propos de
"L’amour est un crime parfait"
des frères Larrieu, d’après Philippe Djian.


L’horreur de l’inconscient
À propos de « Possession » (1981) d'Andrzej Zulawski, des films de Sophie Robert sur la psychanalyse, et de moi-même


L’éclairage du « réel »
Analyse d’une œuvre de Chantal Lorio



Coupures
une étude de l'oeuvre de Chantal Lorio


Les retournements sexuels
une étude de l'oeuvre de Chantal Lorio


Transferts de psychose
comment l'analyse des rêves de l'analyste peuvent contribuer à abattre des murs dans la relation transférentielle


Au-delà du principe de plaisir
À propos de Au-delà des murs mini série télévisée de
Hervé Hadmar (réalisation), Hervé Hadmar, Marc Herpoux et Sylvie Chanteux (scémario)


Voyage au centre de la mère
À propos du Voyage de Chihiro, film d’animation de Miyazaki
occasion d'une reflexion sur la proximité des cultures


S’envoyer en l’air
À propos de « Le château dans le ciel » film d’animation de Miyazaki


La porte de l’in-fini ou l’image du corps et ses racines.
une étude du fondement sexuel de l'image du corps à partir de 4 films de Roman Polanski, deux rêves, un fragment de pratique analytique et une oeuvre d'Antonello da Messina.


Le seuil sexuel du pouvoir.
À propos de La Vénus à la fourrure, film de Roman Polanski


La différence décisive
À propos de La neuvième porte, film de Roman Polanski.


Spéléologie de l’inconscient
Michel Onfray, Michel Siffre, et Sigmund Freud.

La faille dans la maison de l'âme
à propos de Répulsion, de Roman Polanski


Le pervers narcissique, l’institution et la structure

La boite à habiter l’existence
Une étude de Saint Jérôme dans son cabinet de lecture, par Antonello da Messina.




Combien d'Autres avons-nous?
texte de Ju Fei présenté au colloque de Chengdu de juillet 2016, suivi d'annotations de Rui Wu, traducteur, et des miennes.



Déchirures et liaisons:les deux faces du fort-da ?

L’Escargot de Cheval
Analyse d’une œuvre de Michaël Cheval.


La norme et le rêve (ou : La boulange analytique)
le récit de ma rencontre avec quelques personnages dits autistes, les succès thérapeutiques, les déboires qui s'en sont suivis, et l'usage du rêve comme exploration de l'inconscient dans le travail de la psychanalyse : https://www.youtube.com/watch?v=nVKydkcuUAE

Doutes et certitudes : https://www.youtube.com/watch?v=NidT70eTyc8&feature=youtu.be

peut-on faire confiance à la mémoire? l'expérience de quelques personnes que j'ai reçu en analyse, et la mienne propre montre que des souvenirs imaginaires se mêlent aux souvenirs de la réalité.

Les capillaires de la communication
À propos de « Avatar » de James Cameron


Place de la contradiction dans la théorie de la psychanalyse

Une renaissance à 80 ans
À propos de Youth, de Paolo Sorrentino.


L'angoisse

Œdipe archaïque

Homme/femme : une humaine perspective (vidéo)

les difficultés de rencontre des hommes et des femmes, en référence à l'invention de la perspective en peinture
https://www.youtube.com/watch?v=B_jNqWZye1E

film basé en partie su les recherches dont j'avais rendu compte dans "les toiles des rêves;"
http://une-psychanalyse.com/livres_publies.html

Le sacrifice (vidéo)
une mise en perspective des attentats terroristes par comparaison aux grands mythes fondateurs de l'humanité. A propos de "l'Epreuve" de Erik Poppe.

Science et inconscience

La psychanalyse comme religion ou, les critiques du comportementalisme.
Je réponds à la Réponse de Jean Piere Journet aux intervenants de l’entretien vidéo enregistré le 24 septembre 2015 animé par Madame Sophie Robert.

La femme existe-t-elle ou pas ?
commentaire de l'émission éponyme de France-culture "Les nouvaux chemins de la connaissance" d'Adèle Van Reth, avec Colette Soler et Clotilde Leguil, 22 septembre 2015


Un rêve qui entre en résonnance avec des voix entendues par des sujets aux prise avec la psychose

L'angoisse

On bat une psychanalyste, par Monique tricot
récit d'une cure d'enfant dite "psychotique", et réponse de Richard Abibon


Rêve et mathématiques

Calcul intégral et différentiel comme modèle de l’appareil psychique

Ce qu’on va chercher dans la baleine
https://www.youtube.com/watch?v=QTwES0e35tY
à propos de "Moby Dick" de Herman Melville. Intervention au colloque de Cadix du Salon Oedipe, Juin 2014
texte résumé :
Ce qu’on va chercher dans la baleine

L’impossible : réel de la physique ou Réel de la psychanalyse ?
extrait de mon livre "Abords du Réel", L'Harmattan.

Des souvenirs d’avant le langage ?

Des difficultés d’un point de vue psychanalytique en Hôpital psychiatrique

Pourquoi les histoires d'amour finisent-elles mal, en général?
Une annalyse de "Pas son genre" de Lucas Belvaux.


https://www.youtube.com/watch?v=S34OoM8KX6M

https://www.youtube.com/watch?v=JhYwqUGJQhY

La liberté du robot . (vidéo)

https://www.youtube.com/watch?v=oWihfUetF1U


Psychanalyse et psychothérapie

Je viens de chez Lacan
extrait de mon livre "Abords du Réel", L'Harmattan.

A propos de "Temple Grandin" le film de Mick Jackson
une façon psychanalytique d'interpréter les manifestations dites "d'autisme"



Où est le sujet?
intervention à l'université de Joao Pessoa (Brésil) Janvier 2012

Parler de soi
intevention à Recife (Brésil) Janvier 2012


Pourquoi faire un psychanalyse plutôt qu'une thérapie courte?


livres

2006 Editions Le Manuscrit                             2009 L'Harmattan                                                2011 L'Harmatta
Chapitres du site

Art et psychanalyse

Topologie et psychanalyse

Exercice de la Psychanalyse

Textos em portugès

中文文章

Chinoiseries

Cinema

Livres publiés



2000, EFEditions                                                        2001, EFEditions


Critiques de livres

à lire sur le site du salon Oedipe  : http://www.oedipelesalon.com/

ou ici :

à propos de "Logique de l'inconscient" par Christian Fierens, Editions L'Harmattan

Du "dire"  au "je dis": analyse de "Le discours psychanalytique", de Christian Fierens (Eres, 2012)

- à propos de "Soigner les schizophrènes : un devoir d’hospitalité" par Claude Jeangirard, Editions érès

- à propos de :

 "Le psychanalyste infidèle" par Georg R. Garner   Editions érès, collection Analyse laïque

bouteille

roman, sous le pseudonyme de Léon Parkeur. 2000, EFEditions
        COLLECTION TRANSPARENCE

EFEditions, 6 rue Fizeau,
75015 PARIS
La bouteille à l’ancre
 de  Léon  Parkeur


Sur la couverture de cet ouvrage, un emballage… sous la toile, maintenue par des cordes, on devine un personnage assis…
Dans les jardins des tuileries à Paris, Michel Angelo Durazzo est resté en arrêt devant cette statue en cours de restauration. La lumière du soir n’appartient qu’à son œil d’artiste, pourtant il a nommé son cliché « Hommage à Christo ».

Son image pose deux énigmes de la transmission. Citation ou plagiat ? Quel objet se cache sous la toile de l’emballage ? Qui emballe quoi ? Un porte-avions, des dauphins, un artiste égyptien,  un fonctionnaire de l’ambassade à Tripoli, planches à voile, et pelle à gâteau ! Comment un message jeté dans une bouteille à la mer trouve-t-il son destinataire ? L’objet peut-il appartenir sans se dévoiler ? Quel secret les personnages trouvent-ils après les tribulations de leurs lettres, adressées à la même femme aimée ? de fil en aiguille, ce récit nous emmène d’une question à l’autre, dans une gaieté légère. On rit, et ce rire vaut pour une transmission de la dimension inconsciente.

« Le bouchon guère abîmé et la présence de l’étiquette votaient pour un faible temps de vagabondage. Si je m’étais attendu à la carte de l’île au trésor, aimablement envoyée depuis le fond du 17ème siècle par quelque pirate, je devais réviser mes espoirs à la baisse. Quoi qu’il en soit, je n’avais pas pensé à emporter un tire-bouchon - peste soit de ma négligence ! Comment ramener le contenu sans ramener l’emballage ? Ce bouchon m’emmerdait, d’autant plus que ma passivité à l’égard de la houle me rendait semblable à lui. J’examinai l’horizon, la plage, le vent, ma planche, la tête vide et le regard expectatif. Malgré le grouillement minuscule qu’on devinait au loin, sur le rivage, je me sentais très seul. L’énormité de la masse liquide autour de moi et sous moi m’apparaissait dans toute son horreur. Combien de marins, combien de capitaines... combien de molécules, d’animalcules... la houle était régulière, suffisamment profonde pour impressionner le terrien que je suis. “ Je ne suis pas de votre monde ”, lui dis-je, et je lui crachai à la figure ; elle fit celle qui n’avait pas remarqué. Passons. Voyons, il était exclu de coincer la bouteille dans le wishbone... peut-être en l’attachant par le cou à l’un des bouts qui tendaient ma voile ? Non, elle risquait de glisser et de toute façon, je n’avais pas assez de mou. Il n’y avait plus qu’une solution, que je pressentais depuis le début, et à laquelle il allait falloir se résoudre : coincer l’objet dans mon maillot de bain, entre l’élastique et la peau... devant, de préférence, afin de surveiller ses velléités de fuite. J’allai avoir l’air fin, en arrivant sur la plage ! »




 voir Livres publiés 
"Abords du Réel"
(LHaramattan)
a été présenté a salon Oedipe le 9 février 2016
http://www.oedipelesalon.com/invite/r_abibon_0216.html



"Le Rêve de l'Analyste"
éditions le Manuscrit 2008

http://www.manuscrit.com/mySearch.aspx

a été présenté au salon Oedipe le 13 janvier 2009
http://www.oedipelesalon.com/invite/plus/r_abibon_0109.html

Dîner et débat chez Delia KOHEN, 40 bis rue Violet – Paris 15°

(Participation 15 - Parking 104 rue du Théâtre - Paris 15°)

voir le compte rendu écrit et la vidéo sur :

www.oedipelesalon.com

Le psychanalyste ne passe aucun savoir : il est là pour faire accoucher le savoir de l’analysant. Le problème est toujours de confondre le psychanalyste avec celui qui s’exprime devant une assemblée, fut-il psychanalyste par ailleurs. Celui-là, au moment où il s’exprime, il n’est pas psychanalyste. Au mieux, il peut être analysant, ce que je m’efforce de faire. Pas analysant comme Lacan prétendait le faire, car en disant cela, Lacan dévoyait le statut d’analysant. L’analysant ne parle pas de théorie, il ne se réfère pas à une immense culture livresque, il s’essaie simplement à donner forme au savoir inconscient qui est le sien.

Le problème est que, lorsqu’on est paumé, lorsqu’on souffre, qu’on manque un peu d’orientation dans sa vie, on cherche un savoir qui permette de s’orienter. Et on ne sait pas qu’on sait. Par contre on suppose à tout autre un savoir, spécialement à celui qui fera étalage d’une immense culture. Si j’étais fin stratège c’est ce que je ferais à mon séminaire : il y aurait beaucoup plus de monde. Mais à mon séminaire, je me contente de la tâche ingrate de l’analysant, ce qui fait que je ne me suppose que le savoir insu de l’inconscient. Ça ne contribue pas à faire de moi un supposé savoir. J’ai d’ailleurs fini par l’arrêter, le dit séminaire, après 12 ans d’exercice.

On vient souvent à l’analyse à cause d’un problème sexuel. Mais quel que soit le problème tout le monde rencontre la sexualité du simple fait d’être sexué. Tout autre symptôme renvoie d’une façon ou d’une autre à cela.  La psychanalyse apporte-t-elle un savoir sur le rapport sexuel ? Sur le rapport entre les sexes ?

Alors par rapport à ce savoir sur le rapport sexuel, je dirais justement qu’il n’y en a pas. Si on prétend en savoir quelque chose, surtout si c’est du livresque, je dirais que là, oui, comme le disait Lacan, notre pratique est d’escroquerie. Le savoir issu de la cure est proprement intransmissible : lorsqu’il en est tenté une transmission, cela déclenche le plus généralement le scandale, y compris dans le milieu analytique. Le savoir de l’inconscient est comme ça et c’est bien pour ça qu’il est inconscient.

Jean Pierre Edberg m’écrivait un jour : je pense que l'on a du, au moins depuis  l'invention de la médecine, ou plus exactement de l'obstétrique, opposer le savoir de la sage-femme - au sens classique telle que pouvaient l'être les mamans de Socrate et d'Aristote, des femmes qui avaient été femmes, si j'ose dire, et qui ne pratiquaient leur art qu' à compter seulement du moment où elles ne pouvaient plus être des parturientes -, au savoir du médecin qui pratique l'obstétrique, et transmis dans des structures ad hoc. De là à dire qu'il faut accoucher soi-même pour devenir psychanalyste, il y a un pas que je ne franchirai pas!  D'ailleurs quelque part Lacan fait état, pour l'analyste, d'une initiation dans le rapport analytique qui n'est pas sans rappeler la chevalerie, et son goût pour l'amour courtois auquel, comme l'écrit Serge André, la tradition hébraïque ne prédispose manifestement pas !

GABREILLE ET SCHeMA L

À cela j’avais répondu : votre comparaison avec l’obstétrique ne me parait convenir, dans ce champ. Car entre le savoir pratique de la sage femme et le savoir théorique du médecin, nous restons quand même dans le champ du savoir conscient. Ni les unes ni les autres ne pourraient répondre à cette question, je prends un exemple au hasard : pourquoi, alors que la poche des eaux est rompue, et que l‘enfant se présente, pourquoi le col ne s’ouvre-t-il pas ? c’est ce que me racontait une analysante il y a peu, racontant son expérience. La réponse médicale a été pragmatique : césarienne. J’ai pourtant interrogé plus à fond cette analysante. J’ai pu ainsi la faire accoucher de ce qu’elle n’avait jamais même pensé dire à quiconque : elle ne pouvait pas se faire à l’idée de l’enfant passant à travers son vagin. C’était un organe de passage réservé à un autre exercice. Elle a donc été très satisfaite de la réponse médicale. Son corps s’était chargé de dire ce qui était inexprimable dans le champ, pragmatique ou théorique, de la médecine. Moi-même, je n’aurais pu deviner quoi que ce soit de sa réponse. C’est bien parce que j’assumais mon non savoir que je l’ai poussée à m’informer.

Il faut donc bien accoucher soit même, pas seulement pour devenir psychanalyste, mais pour devenir soi-même. Faute de quoi, on reste fasciné par le savoir des autres et suspendu à eux comme l’enfant à la mamelle.  

Et à tout cela, tradition hébraïque, amour courtois et chevalerie ne prédisposent pas plus l’un que l’autre : Freud a ouvert un champ radicalement nouveau. Car même l’amour courtois et la chevalerie, on ne peut en parler que parce qu’on en a lu des choses dans les livres. Il s’agit de tout autre chose lorsqu’on parle de l’amour qu’on éprouve soi, et là je vous renvoie à ce que mon analysante m’a appris du rapport sexuel et de l’impossible dans lequel ça la mettait au moment d’accoucher. et ça, je vous garantis que c'est nettement plus précieux que les 4 formules de la sexuation. (de Lacan dans "Encore")J’aurais pu vous en dire autant (mais pas la même chose) à partir de mes rêves, mais je crois que ça bassine le bon peuple. J’ai fait en effet quelques rêves dans lesquels je suis à l’intérieur du ventre de ma mère, et je vous assure que ce n’est pas facile de trouver la sortie, soit parce que, selon les rêves, je m’y sens trop bien, soit parce que la sortie en est interdite par des gardes menaçants.

Je crois que c’est ce genre de soutènement inconscient qui rend la tâche de passeur extrêmement difficile. Mieux vaut gloser sur Aristote, Hegel, Frege et Lévi-Strauss : même si l’on n’y comprend rien, on se perd plus volontiers dans ces délices d’un supposé savoir auquel on se raccroche. C’est une ignorance beaucoup moins traumatisante que celle dont on se rend responsable par rapport au savoir inconscient. Mieux : elle en donne une métaphore saisissante. Ce n'est pas moi, c'est l'Autre, telle est la formule de déculpabilisation de l'inconscient. Eh bien pour le savoir il en est de même : ce n'est pas moi qui sait, c'est l'Autre. Et c'est là où l'Autre est confondu avec un autre qui sait.

L’analyse d’une toile connue est un bon moyen de tisser les fils qui rejoignent un particulier à la structure générale du mythe dans lequel il baigne. N’importe quel mythe ferait l’affaire. Mais une œuvre picturale frappe particulièrement les esprits et reste plus fermement dans la mémoire de chacun, si, au-delà de l’esthétique, elle rattache inconsciemment le sujet à l’Autre, c'est-à-dire le particulier à l’universel. Autrement dit, si chacun, contemplant l’œuvre, s’y retrouve sans trop savoir comment.

C’est pourquoi je parlerai de ce tableau de la fin du 16ème siècle (ci-dessus) dont on ne connaît pas l’auteur mais que tout le monde connaît, le portrait dit de « Gabrielle d’Estrées et sa sœur ». J’essaierai d’expliquer sa signification en rapport avec l’Histoire, c'est-à-dire le moment où elle se situe dans la fin des guerres de religion et dans l’histoire personnelle de Henri IV. Je tenterai de tisser le lien avec mon histoire personnelle, qui n’a de sens que dans son rapport avec d’autres et spécialement ces autres que je nomme analysants. Et là nous verrons que les fils tissés laissent un trou dans la toile : la représentation de la féminité, dans son lien le plus étroit avec la question du Nom-du-Père.

C’est donc sous le titre "Portrait de Gabrielle d'Estrées et sa soeur" qu’on peut voir ce tableau au Louvre. Selon l'historien Wolfram Fleischauer ("La Ligne Pourpre", Jean Claude Lattés), il s'agit bien de Gabrielle d'Estrées, une des plus célèbre maîtresse de notre bon roi Henri IV, mais pas de sa soeur. La demoiselle qui pince ainsi le téton de Gabrielle serait en fait Henriette d'Entragues, sur le point de prendre la place de Gabrielle dans le lit du roi. Ce que confirme ce tableau ultérieur dans lequel on voit les deux mêmes femmes, mais Gabrielle, détournant la tête, comme désintéressée, passe l’anneau au doigt d’Henriette.



 "Nous, Henri Quatrième, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, promettons et jurons devant Dieu, en foi et parole de roi, à messire François de Balzac, sieur d'Entragues, chevalier de nos ordres, que nous donnant pour compagne demoiselle Catherine Henriette de Balzac, sa fille, au cas que dans six mois à commencer du premier jour du présent, elle devienne grosse et qu'elle accouche d'un fils, alors et à l'instant nous la prendrons à femme et légitime épouse, dont nous solenniserons le mariage publiquement et en face de notre Sainte Eglise, selon les solennités en tel cas requises et accoutumées (...). Aussitôt après que nous aurons obtenu de notre Saint Père le pape la dissolution du mariage entre nous et Madame Marguerite de France, avec permission de nous marier où bon nous semblera".

femmes au bain
double anneau



Henriette ne se mariera pas plus avec Henri IV que Gabrielle. Finaude ou bien conseillée, elle avait fait signer un contrat au roi dans lequel il promettait le mariage si elle donnait naissance à un fils.

Henri signa tout en continuant les tractations avec Florence afin d’épouser Marie de Médicis. La France avait besoin de cette alliance avec Florence et sa richesse.

Donc, ça se répète, un peu comme un miroir répète en image celle qui s'y reflète. Ici c'est dans le miroir du désir royal que les places s'échangent.

Revenons au tableau initial. Un autre miroir, horizontal celui-là, semble aussi répéter la main gauche de l'une en la main gauche de l'autre. Mais les doigts de Gabrielle tiennent un anneau dont le chaton correspond, sur une même verticale, à l'image inversée de son téton que les doigts d'Henriette enserrent dans un anneau de chair.


Cette dernière expression n'est pas sans évoquer le sexe féminin, qui se répéterait donc au niveau des doigts de Gabrielle. Elle tient un anneau dans lequel ne passe aucun doigt : promesse de mariage d'Henri, maintes fois répétée et jamais tenue. La dernière qu'il lui fit, solennelle, devant la cour, n'eut pas à être tenue : Gabrielle mourut avant la date fixée pour le mariage. Ainsi l’anneau qu’elle tient reste-t-il vide de tout doigt, aussi vide que la parole donnée. Les doigts d’Henriette prennent le dessus, exactement le dessus, à la verticale, lui tenant le téton comme on jouerait à « je te tiens, tu me tiens, par la barbichette ».

 Pourquoi tous ces dédoublements, toutes ces répétitions? Est-ce la raison qui pousse ainsi certains hommes, comme Henri IV, à multiplier les maîtresses? Ne serait-ce pas la difficulté ressentie à se représenter la mort, voire le sexe féminin? Si on répète, c'est bien que l'on échoue à se saisir ou à saisir ce dont il s'agit? Et ne serait-ce pas la même chose lorsqu'une parole n'est pas tenue? Lorsqu'une confiance est trahie? Quelque chose nous échappe, mais, en fin de compte, qu'est-ce qui peut garantir la validité d'une parole?  D’une manière générale, l'absence de garant de la vérité dans le langage fait que nous ne cessons d'être trahis... par notre propre parole, qui dans un seul lapsus peut nous faire démentir toute une tirade...


En remontant la verticale qui va du chaton au téton, et moyennant un léger décalage qui fait passer notre trajet au centre exact des doigts annulés d’Henriette, nous nous retrouvons sur le bord d'un rideau qui coupe en deux une cheminée où un feu se meurt, sans doute l'amour d'Henri pour Gabrielle, qui fût indéniable, mais qui touche à sa fin. Poursuivant l'ascension, notre verticale coupe alors un tableau, ne nous laissant apercevoir que la partie inférieure d'un corps dénudé, à l'exception d'une étoffe qui voile son sexe.


jambes_dans_le_tableau




S’agit-il d’un homme ou d’une femme ? Rien n’est sûr, et si le galbe d’un mollet pourrait évoquer la féminité, l’épaisseur de la taille en appellerait au masculin. Quoique, sait-on jamais, l’époque affichait un certain goût pour les rondeurs. Alors, serait-ce là l'amant dont le coeur va changer de place? Serait-ce le complément du corps des deux femmes dont on n'aperçoit que la partie supérieure? Le tableau dans le tableau, représentation dans la représentation, fournirait alors ce qui nous manque pour nous représenter le sexe féminin, sous la forme d'une suggestion voilée? Car la seule chose qui est sûre, c’est le voile posé sur le sexe. Le tableau serait-il alors lisible comme une bande de Moebius dans laquelle le haut serait en continuité avec le bas, et le tableau dans le tableau en continuité avec le tableau dans lequel il prend place ?  En bas, la baignoire (elle-même recouverte d’un drap) nous empêche d’apercevoir le sexe, mais nous pouvons le lire grâce aux caractères sexuels secondaires du haut du corps ; en haut, l’étoffe assure le même rôle d’empêchement que la baignoire, mais une bande horizontale noire, de nature difficilement définissable, nous empêche tout rattrapage par la lecture du haut du corps. Du coup le continuum de cette étoffe pourrait encore se lire comme la coupure elle-même, celle qui, n’étant ni un sexe ni l’autre, ferait le départ entre les deux. Précisons : si je coupe en deux une feuille de papier par un trait vertical et que je marque masculin à gauche et féminin à droite, il est clair que mon trait séparateur ne représente aucun sexe : il opère la différence, et, comme tel, il la voile. Il en est de même du tissu de nos tableaux, et du vêtement en général. Ce voile-coupure aurait pour nom, alors, le phallus. En quoi le phallus viendrait-il ainsi à la place de l'absence de représentation de la féminité? Ce contresens semble démenti par toutes les représentations qu'on a pu en observer, ne serait-ce que la fameuse "Origine du monde" de Courbet.

Les premières traces de notre observation des sexes sont soumises à une loi de sédimentation quasi géologique : elles s’effacent sous les nouvelles couches apportées par le temps et de nouvelles observations tissées de discours entendus. L'inconscient est ainsi ce qui, pour le garçon comme pour la fille, garde ces traces inscrites sous l'étoffe du savoir ultérieur que la conscience y a déposé. Pour le garçon, le sentiment  inconscient de l'angoisse de castration : si, sur certains corps, je n'aperçois pas de pénis, c'est qu'on l'a coupé, et ça risque donc de m'arriver à moi aussi. Pour la fille, s'impose l'idée inconsciente que cette castration sur elle a déjà été accomplie.

 Il faut souvent bien des années d'analyse pour retrouver sous l'étoffe des représentations conscientes ces sources de nos angoisses, elles mêmes converties en symptômes divers : maux de tête, de ventre, difficultés respiratoires, battements de coeur, maladies de peau, inhibitions, timidité, phobies, obsessions, etc. Ces retrouvailles en valent la peine, ne serait-ce qu'en termes d'effacement des symptômes, mais aussi en capacité d'orientation, ce qui s'appelle trouver un sens à sa vie. Il est donc possible de lire cette toile comme une bande de Moebius, dans laquelle la représentation consciente du sexe féminin se dissimule dans le bas de la baignoire, tandis que le tableau au-dessus de la cheminée, expose la représentation que nous nous en sommes faites en nos premières années, soit une représentation qui nie la différence. Le paradoxe tient en ceci : si l’étoffe cache la différence des sexes, acquise plus tard, cette différence consciente voile à son tour la première appréhension unisexe. L’expérience du divan montre que cet unisexe a le plus souvent, si ce n’est toujours (il faut toujours se méfier des affirmations universelles), la couleur du phallus. C’est pourquoi, pour nous tous, la définition du sexe ne peut être simple, elle passe par différentes phases qui ne s’effacent pas et s’établissent dans un continuum qui va de l’un à l’autre comme les deux faces de la bande de Moebius. Si localement on peut bien se définir comme étant sur une face et pas sur l’autre,  globalement cette appréciation se fait dans le cadre d’une continuité.

gaby et schéma L
Gabrielle est enceinte, et c'est ce qu'on nous donne le plus souvent comme signification du geste étrange de l'autre femme lui pinçant le téton. En effet, la femme de chambre à l'arrière plan semble occupée à un ouvrage d'aiguille, qui ne serait autre que le trousseau du futur enfant. Entre sa tête et la cheminée, un cadre au mur : un autre tableau ou un miroir ? À cette époque les miroirs étaient tous sphériques, issus d'un ballon de verre soufflé comme on peut en voir un dans le "Portrait des époux Arnolfini" de Van Eyck. Il est donc plus probable qu'il s'agisse d'un tableau. Quoiqu'il en soit, c'est un cadre, ce qui indique à coup sûr qu'il y a là une représentation. Les tableaux, s'ils ne donnent pas une image de nous mêmes, comme les miroirs, nous donnent parfois une image de notre âme sans que nous nous en rendions compte. Si le tableau coupé, au-dessus de la cheminée nous donne au minimum une représentation du sexe voilé, si ce n’est du père de l'enfant, que peut représenter cet autre petit tableau trop loin et trop sombre? Faisons de cette interrogation hypothèse : il représenterait seulement la représentation comme telle, soit : l'acte de représenter. Servons nous alors de sa diagonale comme d'un index qui va désigner quoi? Comme par hasard, l'autre téton de Gabrielle, celui qu'on oublie, tant le pincé est mis en valeur. Si, dans chacun des faux trous dessinés par les doigts annulés, on fait passer une droite quelque peu phallique, inclinée selon cet index, on encadre la "zone féconde" de la femme de chambre, le trait passant par les doigts d'Henriette atteignant directement son sexe. L’autre trait rejoint alors l’œil d’Henriette, dévoilant une liaison que son regard ne montre pas : cette bague, elle la tient à l’œil ! Si j’avais placé cette droite juste dans la bague, elle atteindrait Henriette entre les deux yeux. Mais favoriser ainsi la bague, ce serait mettre l’accent sur l’interprétation historique de la chasse au mari royal. Alors, pour en rester à ce que je vois dans l’à-plat du tableau, et si je relie cet œil gauche d’Henriette à l’œil gauche de Gabrielle, je traverse les seins de la camériste.

Il peut alors me venir la fantaisie de voir à quoi se relie cet œil… tiens, par exemple en transposant notre index d’inclinaison, c'est-à-dire en tirant sur cet œil une droite parallèle à celle qui montait des doigts annulés de Gabrielle… eh bien nous ne sommes pas déçus : elle vise exactement le sexe du personnage mystérieux du tableau au-dessus de la cheminée.

Nous aurions donc une sorte de Z au trait central horizontal reliant le sexe de la femme en représentation par les doigts annelés, au sexe du personnage voilé sur une toile. Il n’y a pas besoin d’être un grand lacanien pour y projeter aussitôt le schéma L de Lacan. L’axe imaginaire tendu entre les deux yeux, entre a et a’ est fort bien tenu par les deux semblables qui se présentent comme deux images du même, rivales dans le désir de l’homme.  Le sujet, que Lacan placera dans le schéma R au lieu même du phallus, se retrouve de toute évidence à l’extrémité indiquée par le sexe voilé du tableau dans le tableau. Reste à nous demander si la place restante occupée dans le schéma par le grand Autre peut figurer ainsi sur le trou du sexe féminin figuré par les doigts de Gabrielle.
schema_L

On n’est pas obligé de se laisser ainsi porter par des coïncidences. L’analogie pourrait s’arrêter là, d’autant que je ne soupçonne évidement pas le peintre d’avoir voulu structurer sa toile sur ce schéma de Lacan, pas plus que je n’imagine De La Tour suivre les contours du graphe. Cependant, cette disposition invite à réfléchir. La supposition d’une représentation du sexe féminin par les doigts de Gabrielle, représentation redoublée par la bague, m’amène à penser à l’oscillation en laquelle toute femme se trouve ballotée, entre femme et mère. Si les doigts peuvent s’avérer d’un symbolisme douteux, la bague offre par contre un symbole évident. Elle inscrit les choses du sexe dans les affaires de la société. Elle en fait une promesse, c'est-à-dire une parole. Or qu'est-ce que le grand Autre, selon Lacan ? C’est le lieu de la parole, le trésor des signifiants. L’écriture de l’axe symbolique reliant A et S s’interrompt en passant « sous » l’axe imaginaire a ® a’ qui reste continu. Cette disposition graphique est volontairement destinée à être lue comme l’enfouissement d’écritures inconscientes sous la trame du dialogue quotidien de l’axe imaginaire. Elle préfigure aussi la nouvelle définition que Lacan donnera à la fin de sa vie : le symbolique, c’est le trou. Il n’est pas plus en A qu’en S, il se meut dans le trou entre les deux.

Nous rejoignons ici parfaitement notre début de coïncidence avec le tableau. Si Gabrielle et Henriette sont nées comme nous tous dans un bain de langage, c’est pour mieux nous présenter leurs doigts annulés, qui de sexe indéchiffrable en promesses annulées, ne peut qu’insister sur le vide de la baignoire en bas, et le tableau dans le tableau en haut : la représentation n’est pas la chose, le tableau ne représente qu’un autre tableau, la promesse ne se tient que par des mots. Grand A, point d’origine de l’axe symbolique se situe bien dans un trou, puis se brise en passant dans le trou de la cheminée, au lieu même où le feu se meurt, avant d’aboutir à la couverture phallique, tableau dans le tableau, destinée à voiler l’insupportable de tous ces trous interprétés comme castration. Et c’est de cette couverture phallique imaginaire que la dynamique du schéma repart dans l’œil de Gabrielle, pour aboutir à l’œil d’Henriette, dont la subjective tension de rivalité tisse la trame de la réalité.

Ceci peut nous aider à comprendre plus avant cette mystérieuse définition de Lacan. Pourquoi le symbolique serait-il le trou ? Parce que c’est la pulsion de mort. La mort partage avec le féminin le privilège de ne pas avoir de représentation dans l’inconscient. C’est cette absence de représentation qui pousse (pulsion) à la destruction de toute icône jugée insatisfaisante, pour construire une nouvelle représentation à la mesure de l’impossible. D’où, sur l’axe imaginaire, la succession des femmes dans le lit du roi, comme dans celui de pas mal d’hommes. D’où la couverture phallique comme seule explication de l’absence : s’il y a là un trou dans la représentation, un rien à la place de quelque chose d’attendu, c’est interprété comme un rien à la place d’un pénis, et c’est donc qu’il y a eu coupure, castration.

S’il y a encore autre chose qui ne peut pas être représenté, c’est bien la voix, support des représentations de mots. Elle ne peut rentrer dans le moule des représentations de choses. Des promesses susurrées par l’amant, Gabrielle commence à sentir les limites. Ce pourquoi Henriette, instruite de l’affaire, exigera un écrit. Ce dernier s’avérera sans plus de valeur. J’y reviendrai plus loin, puisque la psychose peut être dite le fruit d’une parole qui ne tient pas.

A quoi ça tient une parole ? À rien. Voilà bien la structure même du symbolique, qu’on peut bien entendre dans des contextes comme celui-ci : il a racheté la maison pour un euro symbolique. Pour obtenir son pardon, on lui a demandé un geste symbolique. Bref, c’est bien parce que la représentation ne s’appuie sur aucune garantie qu’elle pousse à la production de nouvelles représentations de substitution. Par exemple, ce passage de la parole à l’écriture dans les promesses que ces dames cherchent à obtenir du roi. En ce sens l’anneau peut être lu comme une écriture par laquelle, encore aujourd’hui, on peut lire l’information concernant la non-liberté affichée de l’objet potentiel.

A quoi ça revient le rapport sexuel ? Dans cette Histoire, le passage par le trou de la bague reviendrait à instituer le fils de chacune de ces dames comme le dauphin, le futur roi de France. C’est-à-dire de celui qui est censé engager la parole de son pays dans la signature des traités internationaux. Avant cela, celui chargé d’éviter à la France une nouvelle guerre de succession, dans laquelle chaque parti voudrait faire valoir sa parole. La mort de Gabrielle viendra aider Henri dans ses choix, sachant que le pauvre homme n’a cessé d’être tiraillé entre les élans de son cœur et les nécessités de la politique. On ne saura jamais si quelqu'un l’a un peu aidé en empoisonnant la nourriture de Gabrielle.

Et comme il n’a pas respecté l’écrit qu’il a consenti à signer à Henriette, il ne faut pas s’étonner de voir celle-ci, quelques années plus tard (1604), en vertu de cet écrit, participer avec son frère, Charles de Valois, comte d'Auvergne et fils bâtard de Charles IX, à un complot visant à éliminer de la succession Louis, futur Louis XIII, fils d’Henri et de Marie de Médicis, et à le remplacer par son propre fils Gaston-Henri. Il n’y a pas de garant de la vérité. Ne serait-ce pas en rapport avec ce manque dans le langage qui nous prive d’une représentation du féminin ? S’il y avait plusieurs éléments manquants, ça voudrait dire que leur absence n’est pas réelle, puisqu’on pourrait les répertorier. Pour que le symbolique soit comme tel, il doit simplement se baser sur un manque. Celui-ci est radical, innommable. Si on pouvait le nommer, ça voudrait dire qu’il ne manque pas vraiment. Après coup, chaque fois que quelque chose nous manque, nous pouvons le mettre sur le compte de cette absence radicale, structurale.  Mais c’est toujours une illusion de nommer de telle ou telle façon le manque. Ce serait vouloir représenter le trou avec de la surface, ce qui est toujours à côté de la plaque. 

Il est déjà un peu plus logique de représenter le trou par ses bords, comme le font digitalement ces femmes dans le tableau. Ainsi le bord du bord, métonymie de la métonymie, c’est cette bague qui se voudrait garant de la vérité.  On voit bien qu’elle ne fait que redoubler un vide, même si ses bords, sociaux, ne sont pas les mêmes que les rives de chair qui bordent le féminin. Toutes ces réflexions ne sont pas sans justifier la place de grand Autre en ce lieu où Henriette, comme Gabrielle dessinent le trou de l’absence. Au niveau de la justesse graphique, les doigts d’Henriette conviennent mieux, car c’est à partir du centre de l’anneau qu’il dessine qu’on peut grimper au rideau le long d’une droite aboutissant au tableau dans le tableau, sur lequel j’ai avancé l’hypothèse du titre de géniteur. Plutôt celui qui engendre les représentations que le père réel de l’enfant. Ce grand Autre ainsi dessiné dans son absolue altérité, avoue par avance l’écriture que lui donnera Lacan bien après l’invention du schéma L : A. Le grand Autre ne peut être écrit que barré, étant donné que le trésor des représentations repose sur le fait qu’il lui en manque au moins une. A quoi répondra évidemment un sujet barré, S, incomplet lui aussi de structure, puisque dépendant du langage.

Le tableau dans le tableau, c’est une tentative de représenter l’acte de représenter, soit : la fonction comme telle, analogue à la fonction d’engendrement du Nom-du-Père. Je parle bien entendu de la fonction symbolique du père, le père qui nomme, qui engendre non selon la chair, mais selon l’esprit.  C’est de là que j’étais parti, via l’autre petit tableau dans le tableau, pour inventer le penchant de la droite qui nous a servi de guide pour cette construction, et nous y retrouver dans les inclinations du roi, qui ne sont que le reflet magnifié de nos préoccupations à tous.

Au croisement de nos deux lignes, l’imaginaire et la symbolique, le trou de la cheminée se trouve bien placé comme étant aussi le lieu du point de fuite. Ainsi la troisième dimension que nous sommes obligés d’inventer pour faire passer l’imaginaire sur le symbolique se trouve en coïncidence non seulement avec une métaphore de l’amour, mais encore avec le trou illusoire suscité par la perspective. De ce point de vue, la troisième dimension, réellement absente, se présente de façon imaginaire, mais elle s’affirme symboliquement, aux deux  représentations qui tiennent les extrémités de l’axe symbolique : dans le trou que forment les doigts d’Henriette (A, donc P) et dans le phallus voilé qui pourrait en boucher l’orifice (S, donc F). Peut-être serait-il plus logique de trouver le phallus dans le trou et le père dans le tableau. J’ai respecté la disposition originale du schéma de Lacan : une toile peinte il y a quatre siècles n’est pas requise de s’y conformer. Les deux femmes ne se regardent pas comme l’image l’une de l’autre, même si les similitudes de leurs attitudes et de ce que nous savons de leur place nous incite les placer sur l’axe a-a’. Mais elles nous regardent, nous qui les regardons, plaçant le regard comme tel au lieu même de la troisième dimension, celle qui traverse le tableau depuis le fond de la cheminée jusqu’à la rétine du spectateur. Cet axe non matérialisé se laisse lire cependant dans l’interruption du trait de l’axe symbolique A-S, dans ce vide occulté par l’axe imaginaire, évidant tout recours à une essence des choses. Si elles se montrent, c’est pour quelqu'un qui regarde : le roi, le peintre, l’amateur de peinture et de belles femmes.


schema_R

 Tout cela n’a pour but que de nous aider à relativiser les concepts lacaniens, tout comme notre lecture de l’œuvre. Mon (A, donc P) et mon (S, donc F) arrivent là en référence au schéma R, ultérieurement élaboré par Lacan. Nous aurons l’occasion d’y revenir dans un prochain chapitre.  Dans le schéma R, le A est à l’intérieur de la figure, tandis que le P lui répond au même endroit, mais depuis l’extérieur. Ma lecture m’en dit ceci : le père est mis en place de garantir l’usage de l’Autre, c'est-à-dire de l’ensemble des signifiants. En tant qu’Autre de la mère, d’absent qui justifie les absences de la mère (elle me quitte, moi, l’enfant, pour le retrouver), il vient figurer ce que le signifiant suppose d’absence : le mot s’entend en l’absence de la chose. Il la représente, mais qui va garantir la justesse de cette représentation ? Qui va garantir la vérité de ce que je dis ? Si rien, pas même un parole royale, ne peut faire garantie, le Nom-du-Père vient à cette place vide en quelque sorte par défaut, signifiant qui ne fait pas partie de l’ensemble des signifiants, et qui ne saurait donc revendiquer le titre de signifiant, comme on le lit trop souvent dans les écrits post lacaniens. On ne peut en vouloir à ces écrits qui reprennent une position qui fût longtemps celle de Lacan. Entre 1940 et 1980, ce dernier est d’ailleurs passé d’une conception du père comme réel (dans « les complexes familiaux »), au Nom-du-Père comme signifiant, et enfin au Nom-du-Père comme fonction. Dans cette dernière acception, c’est le vide représenté tant bien que mal par le rond que tracent les doigts des deux femmes, donc c’est la troisième dimension absente du tableau. Car ce qu’elles  demandent, au-delà du mariage, c’est bien cette garantie de paternité qui feraient d’elles la mère du roi de France. Point n’est besoin de tels enjeux pour qu’il en soit de même pour tout un chacun. Même si une femme accouche d’un enfant dont le père est parti, n’a pas voulu assumer sa paternité, ou a été écarté par elle de sa paternité, le « P » de Lacan désigne cette fonction par laquelle le langage se dissocie radicalement des choses, permettant de générer une fonction de vérité distincte de l’attribut d’objectivité après laquelle il est vain de courir, par analyse d’ADN, procès et autres substituts. Ceux-ci ne remplacent en aucune manière l’efficacité symbolique qui se fiche comme d’une guigne des modalités de la famille. Cette lettre, que je tiens pour n’avoir d’autre valeur que mathématique, désigne seulement le vide par lequel aucune mère n’est « toute », et tout simplement par lequel aucun être parlant n’est exempt de manque, un manque qu’aucun enfant ne saurait remplir, sous peine de souffrir de graves troubles.  

La question du référent de la parole, de ce qui va en garantir la vérité, est au cœur du rapport transférentiel qui peut se nouer lorsque la parole prend la modalité psychotique, trouble auquel je viens de faire allusion. Je dis bien modalité et non structure, contrairement à ce qu’on trouve, là aussi, dans bien des ouvrages post lacaniens. La structure du langage se fonde sur ce vide assurant la séparation des mots et des choses. S’il s’avère que ce vide est comblé, ce n’est pas une autre structure, c’est une autre modalité, par laquelle les mots se confondent avec les choses. En témoignent, non seulement l’usage que Lacan fait de ce terme, à la suite de Lévi-Strauss, mais encore le simple fait de parler de forclusion du Nom-du-Père, expression consacrée qui pérennise cette fonction comme clef de voute de la structure, ici exprimée en terme négatifs.

Bien sûr, en disant tout cela, je ne prétends à nulle objectivité. C'est moi qui trace ces traits et qui en tire les conclusions que je dis. C'est ma lecture de ce tableau. Bien sûr ces traits ont un caractère objectif : tout le monde peut les voir, une fois que je les ai tracés ; mais je ne peux prétendre que le peintre ait sciemment organisé son tableau selon ces lignes de force. Je m'appuie aussi sur des analyses historiques qui ont "une certaine objectivité" que là aussi, tout le monde peut vérifier. Il n'empêche que je les détourne à mon profit.
S'il s'agit d'un de mes rêves, ou d'une autre quelconque formation de l'inconscient dont je suis le producteur, je peux les interpréter sans problème. La méthode analytique, c'est cela, telle que Freud l'avait définie, ne s'étant pas toujours lui-même conformé à cette définition : on confie l'analyse du rêve à celui qui a rêvé. On confie l'analyse du symptôme à celui qui a produit ce symptôme. L'analyste n'est là que comme oreille, nécessaire à ce qu'une bouche parle et ouvre les portes des secrets enfouis. Bien sûr ses questions parfois, sa présence toujours, mais pas toujours silencieuse,  offrent le cadre nécessaire à ce qu'un index, toujours à entendre, pointe dans la "bonne" direction. Avec toutes les précautions que ces guillemets veulent indiquer. L'analyste permet ainsi à l'analysant de faire lui-même l'analyse de son propre tableau clinique. A charge pour lui, l'analyste, de retourner le tableau (voir mon analyse des "Ménines" de Vélasquez- En conclusion de mon précédent ouvrage « le rêve l’analyste ») afin d'analyser sa façon d'écouter ou de résister à ce qu'on lui raconte. S'il résiste, ce n'est évidemment pas consciemment. Il doit donc analyser le tableau clinique de son point de vue, et du point de vue de son écoute. Il ne s'agit en aucun cas d'analyser à la place de l'analysant et donc de faire de lui "un cas". En cela, je ne fais que redire la position de Lacan: "il n'est de résistance que de l'analyste".  
On ne trouvera pas autre chose dans ce livre. S'il semble y être question parfois d'un analysant, ce n'est pas de lui qu'il s'agit mais de moi dans mon rapport à lui, moi essayant d'analyser le transfert qui est le mien et qui a pu inconsciemment m'empêcher (ou me permettre) d'entendre. Ceci n'est que le livre d'un analysant qui analyse sa pratique d'analyste, et ce faisant, tente de la théoriser, contribuant ainsi à sa façon à l'avancée de la recherche en psychanalyse. "Occupe-toi de ton âme" disait Socrate à Alcibiade qui prétendait faire le portrait du philosophe. Nous avons en effet assez à faire avec nous mêmes, toujours en relation avec les autres, certes, mais sans perdre de vue que nous ne pouvons développer sur les autres que notre point de vue, et que, en parlant d'eux, si nous apprenons, dans l'analyse, à retourner le tableau,  nous en apprenons bien plus sur nous mêmes que sur les autres. 

Note : Lacan utilise le mot « structure » presque toujours dans l’expression « structure du langage ». Il lui est arrivé de déraper très rarement, dans son séminaire, en laissant échapper des périphrases telles que « la structure dite psychotique », ou « la structure obsessionnelle », mai ça ne correspond pas au contexte général de son œuvre. Au niveau des « Ecrits », dans «d’une question préliminaire au traitement possible de la psychose », au moment de présenter le schéma I, il écrit : « voici le schéma de la structure du sujet à la fin du processus psychotique ». Lisons bien ce qui est écrit : la structure, c’est celle du sujet, dépendant du langage. Et la psychose est un processus, non une structure. Comme Freud, je considère le rêve en tant que psychose locale. 

L’analyse du « Portrait de Gabrielle d’Estrées » m’a permis de déployer cette question de la parole qui ne tient pas. En référence, voici un rêve qui en témoigne, et qui nous permettra l’analyse de cette modalité qu’on peut qualifier de psychotique du transfert. 

Je suis à l’entrée d’un supermarché juste avant l’ouverture, parmi la foule des gens qui attendent pour se précipiter à l’intérieur. Mais je suis au premier rang et je suis en compagnie de Tony Blair. Ça ouvre ; on laisse d’abord respectueusement passer le premier ministre. Je l’accompagne, on me laisse faire. Va-t-on bloquer les autres personnes pour lui laisser faire seul ses achats ? Non, on laisse entrer les gens. Mais ça va. Je fais donc mes courses en compagnie de Tony Blair. On considère des étalages, il me semble que c’est les confiseries… je me retrouve dans une pièce vide. Au-delà, un couloir, et une autre petite pièce munie d’un miroir. Je vais me regarder et je sens des mouvements dans les os de mon visage. Mon visage est en train de changer. Je le constate en effet sur le miroir. Alors je vois dans l’image un type qui arrive derrière moi, c’est … le nom qui me vient est Patrick Mac Gohan (schizophrénie- le prisonnier) mais en fait il s’agit de (son nom m’échappe. Il avait joué le rôle d’un type qui se retrouve à la retraite et qui parraine un petit africain. Ah, ça y est : Jack Nicholson. C’est aussi le père qui devient fou et veut tuer femme et fils à la hache dans un hôtel désert ). Bref, ce type, avec un rictus un peu inquiétant me prend par les épaules pour me virer : il veut prendre ma place dans le miroir ! (Cette fois c’est le rictus du rôle qu’il tenait dans … j’ai oublié… le type à la hache complètement fou) ; je me débats, je suis angoissé, j‘essaie de fuir. Ce faisant (il me tient toujours par les épaules) nous repassons dans le hall du supermarché où Tony Blair est assis, tout sourire, en rang avec d’autres gens. J’essaie de faire appel à lui : il est puissant, il va faire quelque chose. Mais rien ne se passe.  

Beaucoup de références cinématographiques dans ce rêve. Et elles sont très signifiantes. La première n’est pas explicite parce que le film qu’elle remet en scène, vu peu de temps auparavant, est le premier film d’un réalisateur anglais inconnu jusqu’alors, qui n’avait pas fait appel à des vedettes. Son titre : « Cashback ».
 Suite à une peine de cœur, un jeune homme souffre d’une insomnie telle qu’il décide de tuer le temps en trouvant un emploi de nuit dans un supermarché. Dans la journée, il poursuit ses études artistiques. Il découvre alors que, la nuit il a le pouvoir d’arrêter le temps. Les clients dans les rayons se figent dans l’attitude qu’ils avaient un instant auparavant. Notre artiste en profite donc pour déshabiller  quelques belles clientes afin de les dessiner. Et c’est logique : cela se passe de nuit,  et il est censé ne pas dormir, comme nous tous dans nos rêves. Se promener nu, et en avoir honte, est un des rêves les plus fréquents qui soit. Freud l’avait repéré dans sa « Traudeutung ». Il l’interprète « en général » comme un désir d’exhibitionnisme. Nous en avons ici la version inversée : en deçà du prétexte artistique, c’est un rêve de voyeur qu’il lui est permis de réaliser. Il arrête le temps se mettant ainsi dans les conditions de l’inconscient découvertes par Freud : l’inconscient ignore le temps et la contradiction.   
Le « Portrait de Gabrielle d’Estrées » nous permettait déjà de réaliser ce rêve. Nous sommes donc bien dans le vif du même sujet. J’ai remplacé Henri IV par Tony Blair, à ce moment-là premier ministre de Grande Bretagne. Bien entendu, je n’avais pas fait ce rêve en rapport à la peinture du Louvre, mais plutôt par rapport à un autre film vu peu auparavant, « The Queen », racontant l’affaire de la mort de Diana, mais surtout les rapports d’abord un peu hostiles, puis de plus en plus amicaux entre le premier ministre et la reine, autrement dit entre un homme encore jeune et une femme qui pourrait être sa mère. D’ailleurs, la reine m’avait fait penser à la mienne.
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Mon rêve condense ces deux films. Tout se passe dans un supermarché comme dans « Cashback », c'est-à-dire sur les lieux d’un voyeurisme à prétexte artistique, mais mettant en scène… moi-même et le partenaire de la reine. Le rayon des confiseries qui est le seul visité de façon explicite ne peut que renvoyer à l’enfance, moment où ces convoitises enfantines servent de couverture à la curiosité sexuelle. L’image du corps ne se forme pas sans une référence sexuelle. C’est donc à cette période extrêmement archaïque que je suis renvoyé, en même temps que me revient un souvenir de la veille.

Il s’agit du travail que j’ai entrepris depuis deux ans avec une dame d’origine congolaise dont j’ai déjà parlé dans un précédent ouvrage sous le nom d’Estelle ; elle était affligée, disait-elle, d’être possédée par un démon, que nous avions pu parvenir  à identifier comme son père, avant de le neutraliser, si ce n’est le « faire sortir » tout à fait. Sa mère (morte il y a dix ans) était aussi présente en elle, comme ange bénéfique veillant sur elle au point de lui dicter presque toute sa conduite dans les actes les plus menus de sa vie quotidienne. Elle m’avait fait part de sa difficulté à se voir dans un miroir, étant venue d’abord me trouver à cause de la dame qui vivait chez elle à sa place et s’occupait de ses enfants à sa place. Autrement dit sa propre image dont elle s’était détachée toute une période, au point de ne plus se reconnaître elle-même. Au moment de mon rêve, cette intruse avait disparu, et elle vivait bon an mal an avec cette référence interne à une maman décédée qui ne cessait de lui parler dans sa tête.  

Cependant, dans ce moment de nos rencontres elle me disait souvent qu’elle sentait son visage changer. Elle avait retrouvé son image dans le miroir, alors qu’au début elle me disait ne rien y voir. Mais cette image ne lui convenait pas. Elle n’était pas conforme à celle d’une certaine « Godé », représentant dans son futur imaginaire, ce qu’elle souhaitait être : princesse, chirurgien, auteur reconnu, etc., ce qu’on appelle en analyse l’Idéal du moi. Chaque fois qu’elle me parlait ainsi, je l’amenais devant le miroir des toilettes, où nous restions un certain temps à deviser de ce qui nous était donné à voir. La veille de mon rêve, elle m’avait dit, à ce moment là : « c’est en train de changer », en précisant qu’elle sentait les os de son visage se transformer de l’intérieur. C’est exactement ce qui se passe dans mon rêve, comme si j’avais pris la place de cette analysante. L’identification se poursuit jusque dans le problème qui survient alors : quelqu'un veut prendre ma place dans le miroir, comme quelqu'un avait supplanté mon analysante dans sa vie quotidienne, un quelqu'un qui n’était autre que sa propre image.

Vous avez pu lire dans mon rêve les difficultés que j’ai eues à identifier le nom de l’acteur américain qui prêtait son visage à cet usurpateur. Chacune de mes hésitations vaut autant que le nom trouvé en définitive. Patrick Mac Gohan interprétait le rôle titre du « Prisonnier », une série culte des années soixante que j’avais suivie avec passion à la télévision.  Lors d’une de ses multiples tentatives d’évasion du « village », le prisonnier est rattrapé par d’énormes ballons blancs qui ne laissent aller que ceux qui connaissent un certain mot de passe, nommément « schizophrénie ». Il est clair que la schizophrénie a à voir avec la perte de l’image du corps, et que cette perte est vraisemblablement  quelque chose qui menace tout le monde, même si ça n’arrive qu’à quelques uns. A ceux à qui ça n’arrive pas dans la réalité, ça peut arriver en rêve. Et c’est à cet endroit précis que les paroles de mon analysante m’ont touché. Ensuite, avant que je ne retrouve son nom, me viennent deux rôles tenus au cinéma par Jack Nicholson. D’abord celui d’un retraité qui retrouve un semblant d’utilité en s’occupant de manière épistolaire et financière d’un petit africain (« Monsieur Schmidt »). Une façon comme une autre de se rattraper d’un rôle de père dans lequel il avait failli. Or, l’analysante dont je parle est d’origine africaine, et on peut bien dire qu’en m’occupant d’elle de façon à engendrer d’elle une nouvelle image, je m’en suis occupé comme un père symbolique. Enfin le dernier rôle qui me revient en mémoire est, dans « Shinning », celui du père devenu fou et qui, armé d’une hache, poursuit son fils et sa femme.

C’est ce dernier avatar de jack Nicholson qui m’agresse, sachant que c’est toujours une agression de prendre la place de quelqu'un, fusse dans un miroir. Or, dans ce rêve je suis en train de prendre la place de mon analysante, et je ressens ce qu’elle a pu ressentir de se voir dépossédée de son image, et par voie de conséquence, possédée par un démon. Il s’agit certainement de l’exagération du rapport entre un enfant et une mère, lorsque celle-ci, lui voulant sans doute trop de bien, fait tout à la place de son enfant. J’ai déjà indiqué comment mon histoire disposait d’éléments de ce genre. En ce qui me concerne ce n’est peut-être pas que ma mère faisait tout, mais qu’elle en faisait déjà trop par rapport à mon souci de grandir. Vraisemblablement, il en est ainsi chez tout le monde, mais il peut arriver que l’excès pousse au désastre d’un être du coup déserté de lui-même. L’excès dans les deux sens, car il se peut aussi qu’une mère, en ne faisant « rien » entraîne un tel désir du contraire que ce dernier puisse finalement apparaître comme réalisé, soit dans un rêve, soit dans la réalité.

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Lors d‘une séance dans laquelle le démon s’était manifesté en parlant par la bouche d’Estelle en Ingala, sa langue maternelle, j’avais appris son nom, le père, et son méfait : il avait pénétré le corps de sa fille lorsqu’elle avait quatre ans. On mesure toute l’ambiguïté du propos en français, dont je ne doute pas qu’elle était la même en ingala. C’est évidemment Estelle qui m‘avait traduit après coup, parlant de viol sans aucune hésitation. Néanmoins j’étais devant ce fait incontournable : le père était encore dans le corps de sa fille comme démon, tandis que la mère y régnait comme ange, l’un l’autre se disputant la possession totale l’enfant.

Le problème ne se situe pas finalement ni dans ce tout, ni dans ce rien, mais dans le face à face de deux personnes qui confine à celui du miroir, entraînant le problème de violente rivalité qui se manifeste dans le portrait de Gabrielle, dans mon rêve, dans la vie de mon analysante, et dans l’axe imaginaire du schéma L. Car le démon père auquel j’ai eu affaire n’était pas le Nom-du-Père, pas le père symbolique, mais, au même titre que la mère, une simple image cherchant à s’imposer dans le miroir de la lutte intérieure portée sur la scène d’une rivalité extérieure. La solution pourrait se présenter dans la brisure de ce face à face, c'est-à-dire dans l’intervention d’un tiers. C’est celle que je tente dans la fin de mon rêve. Comme par hasard nous passons devant Tony Blair, et l’idée de sa puissance comme homme d’état me pousse à faire appel à lui. Hélas, si dans ma vie j’ai pu faire appel à mon père, ou si celui-ci a pu s’interposer a minima, Tony Blair ne peut pas grand-chose pour mon analysante, dont je ressens en moi-même les impasses. Dans le film que j’avais vu, il s’était intelligemment débrouillé pour empêcher que la reine ne compromette définitivement son blason dans une obstination sur une position par trop impopulaire. Ayant su, quelque part, amadouer sa superbe, il était presque devenu son ami. Voilà sans doute le rôle que j’aurais aimé voir mon père tenir afin que ma mère, un jour finisse par m’entendre. Voilà donc ce que je souhaite dans mon rapport à Estelle.

Car il y a eu bien des échanges dans lesquels elle m’assimilait à « maman ». Je souhaite donc qu’elle m’entende plutôt qu’elle ne me voie dans notre face à face comme l’image que « maman » lui renvoyait d’elle-même. Mais je n’entends que trop qu’elle ne m’entend guère, d’où mon désir du rêve d’une force tierce qui serait assez puissante pour opérer la coupure.

Je viens de parler d’un face-à-face dans le miroir, mais il se trouve que dans mon rêve, le perturbateur arrive derrière moi. Il se trouve que c’est aussi ce que me raconte Estelle, ainsi que la plupart de ceux qu’il m’a été donné de rencontrer dans le cadre de cette perte d’image. Il se trouve que lorsqu’on fait circuler une image du corps sur une bande de Mœbius  écrite comme suit, il faut franchir les trois torsions dans le sens antihoraire pour fabriquer une image correspondant à celle du miroir (ci-contre en pointillés, c'est-à-dire sur l’autre face de la bande par rapport au lecteur que nous sommes) :

Moebius_miroir

Si cette image (en pointillés) franchit une seule torsion dans le sens horaire, comme par régression sur le résultat obtenu précédemment, alors l’image apparaît sur la même face que le bonhomme de base auquel nous pouvons nous identifier, sur la face verte. Ce bonhomme a donc le choix, en quelque sorte, entre deux images : l’une virtuelle située en face de lui de l’autre côté de la bande c'est-à-dire dans un miroir, ou une autre qui lui apparaît dans le même espace que le sien c'est-à-dire dans sa réalité. Et elle surgit de dos, un peu comme dans la toile de Magritte :

Sauf que mon bonhomme a, en plus, la tête en bas.


Magritte_miroir_inverse
Mon rêve évoque un désir de coupure à travers mon hésitation sur le nom de l’acteur qui met en scène la schizophrénie, c'est-à-dire la coupure puisque ce mot vient de la schize grecque qui signifie coupure, en proposant le nom de Patrick Mc Gohan. Cette coupure s’offre ensuite entre les deux figures de Jack Nicholson : l’une, père protecteur qui se préoccupe d’un petit africain, assimilable à l’angélique « maman » d’Estelle ; l’autre, père démoniaque qui prétend bien l’opérer, mais au moyen bien réel d’une hache. Voilà les deux faces de la bande Mœbius auxquelles manque la troisième pour faire d’elle une coupure fonctionnelle. Ou en termes de torsion : voilà la torsion de la bande Mœbius qui fait passer l’image virtuelle, de l’autre côté de la bande, au statut d’image réelle, du même côté. Il manque à une telle bande les deux autres torsions qui mettraient le sujet en rapport avec son image virtuelle. Faute de quoi, l’image se balade toute seule dans le réel de la personne, comme la dame qui persécutait Estelle en prenant sa place lorsqu’elle était venue me trouver.
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